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La Journée Annuelle Diététique et Nutrition, rebaptisée à partir de cette année « Journée Annuelle Benjamin Delessert » a eu lieu le 3 février au CNIT à la Défense, près de Paris. Bien que les thèmes abordés ne fussent pas nouveaux, les communications présentées ont été comme d’habitude d’un bon niveau et ont suscité l’intérêt des participants.
La matinée fut consacrée à la régulation interactive qui s’exerce entre le tube digestif et le cerveau. Le Professeur Andreelli du CHU Pitié Salpêtrière a fait un point sur l’actualité de ces interactions, en soulignant notamment les recherches récentes concernant la stimulation nerveuse de récepteurs de la muqueuse buccale et de la veine porte, deux points-clé de l’information cérébrale sur l’activité digestive et également deux verrous essentiels dans l’évolution de notre comportement alimentaire. Le rôle des différents neuromédiateurs dans ce processus fut par la suite développé par Emmanuel Disse de la Faculté de Lyon, qui a notamment insisté sur les interactions réciproques des deux principaux systèmes cérébraux, celui de la NPY (neuropeptide Y) et celui de la POMC (proopiomélanocortine). Le fonctionnement de ces deux systèmes antagonistes est d’une importance capitale pour la régulation de l’apport et du comportement alimentaires aussi bien chez l’individu normo-pondéral que chez l’obèse. Enfin, ces thèses ont été étayées par des arguments d’imagerie médicale présentés par Charles-Henri Malbert, directeur de recherche à l’INRA.
La matinée fut close par la remise du Prix Benjamin Delessert, attribué cette année au chercheur canadien d’origine polonaise Adam Drewnowski pour ses recherches socio-nutritionnelles. Le titre de son exposé, « Goût et coût des aliments » constitue un excellent résumé de ses travaux. A l’aide de cartographies éloquentes, M. Drewnowski a démontré de manière irréfutable certains aspects de la sociologie de l’alimentation ainsi que de l’épidémiologie de l’obésité, aspects soupçonnés depuis longtemps mais dont l’évidence factuelle n’avait pas entraîné d’effets décisionnaires faute de preuves. Il a notamment démontré le fait que les enseignes commerciales, aussi bien celles de la distribution commerciale que celles de la restauration rapide ont une implantation conforme aux revenus des familles habitant sur un même territoire (en l’occurrence l’agglomération de Toronto). Les produits bon marché se trouvent ainsi dans les quartiers moins aisés et réciproquement. La partie la plus intéressante de l’étude est celle qui démontre sans l’ombre d’un doute que les quartiers les moins riches sont également ceux qui présentent un taux supérieur de surpoids et d’obésité. La preuve est ainsi faite que les produits à forte valeur énergétique sont bon marché et générateurs d’obésité alors que les produits à forte densité nutritionnelle sont chers, bien qu’ils permettent de préserver l’équilibre pondéral. Une suite logique serait de calculer le coût social de l’obésité rapporté aux bénéfices engendrés par les produits bon marché, ce qui aurait le mérite de poser la question de l’intérêt individuel face à l’intérêt collectif. Il faut souligner que, pour confirmer ses résultats, M. Drewnowski mène en ce moment même le même type d’étude en région parisienne. L’on pourrait prendre le pari peu risqué de résultats similaires.
L’après midi fut consacré aux acides gras polyinsaturés n-3 et n-6. Malgré le nombre important d’études présentées, la conclusion des intervenants (Sébastien Czernichow, Sophie Gillette, Philippe Moulin et Dominique Turck) fut sans appel, aucune étude ne permet de dire avec certitude qu’un apport contrôlé en ces acides gras ait un rôle préventif pour les maladies cardio-vasculaires, pour les troubles cognitifs (type démence) ou pour le développement fœtal. Dans ce contexte de débats laborieux et peu contributifs, l’intervention finale de Mariane Eole, diététicienne à l’Hôpital Ambroise Paré de Boulogne a permis au moins de simplifier un peu la tâche des consommateurs en apportant des indications claires et précises sur l’attitude à adopter « dans l’assiette » pour respecter les ANC en acides gras sans se ruiner en achetant des produits de marque.
Comme toujours, cette journée a permis à un grand nombre de professionnels de se retrouver et d’échanger leur expérience dans les différents domaines de l’exercice diététique. C’est là un aspect essentiel au développement de notre métier !
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